Une nouvelle esthétique féminine
Un corps féminin libéré
Grâce à leur implication active dans l’économie de la Première Guerre mondiale, les femmes s’émancipent et la femme des années 20 incarne la modernité de l’époque. Elle est abondamment représentée dans les magazines de mode, les réclames et sur les affiches publicitaires.
Libérée du corset, la silhouette devient longiligne, marquée par des robes tubulaires, les jambes démesurément longues et minces et la poitrine gommée. Le style « à la garçonne » se répand dans la société, caractérisé par les cheveux coupés courts que l’on doit à l’actrice américaine de cinéma muet Louise Brooks (1906-1985). Le chapeau cloche règne en maître à partir de 1924 et accentue le côté androgyne, tout comme le port du pantalon.
Catalogue publicitaire des grands magasins Sigrand et Cie, printemps-été 1930. Paris : Alb. Jarach et P. Chambry, 1930. Bibliothèque Carnegie, Dossier documentaire n°41
L'enseigne Sigrand et Cie ouvre ses portes au début des années 1920 dans la rue de l’Etape à Reims.
Une représentation idéalisée
Le corps féminin « idéalisé » est représenté de façon minimaliste par une opposition franche des couleurs et une extrême simplification des formes. Cette tendance est largement reprise et utilisée pour illustrer les magazines de mode : Gazette du Bon Ton, Art Goût Beauté, Vogue, Fémina…
Georges Lepape (1887-1971) dessine les robes du célèbre couturier Paul Poiret (1879-1944), avant d’être appelé par le groupe américain Condé Nast pour illustrer de nombreuses couvertures des éditions américaines et françaises du magazine Vogue. Georges Barbier (1882-1932) est également représentatif de cette période avec ses figures féminines imprégnées d’un érotisme discret. Eduardo Garcia Benito (1891-1981), en tant que dessinateur de mode, illustre également de nombreuses couvertures de magazines. Influencé par le cubisme, son style se caractérise par des silhouettes élancées et des visages géométriques.
Le magazine Vogue a été fondé en 1892 aux Etats-Unis. L’éditeur Condé Nast reprend la direction du magazine en 1909 et fait appel à de grands illustrateurs pour dessiner les couvertures. L’édition française parait à partir de 1920.
L’émergence de grands couturiers
Des stylistes novateurs, comme Paul Poiret (1879-1944), Coco Chanel (1883-1971), Madeleine Vionnet (1876-1975), Elsa Schiaparelli (1890-1973) révolutionnent la mode féminine et réalisent d’emblématiques tenues vestimentaires. Le sportswear devient à la mode notamment avec la joueuse de tennis Suzanne Lenglen (1899-1938), égérie de la Maison Jean Patou. D’autres disciplines comme le golf, l’aviation ou l’automobile influencent les tenues.
L’Exposition de 1925 fait la part belle à la haute couture. Jeanne Lanvin (1867-1946) préside le pavillon de l’élégance et Paul Poiret présente son univers dans trois péniches amarrées sur la Seine. L’exposition a un retentissement important dans ce domaine.
Magasins modernes, 33 à 45 rue de Vesle, Reims, Nouveautés de saison. Paris : Agence française de publicité, 1928. Bibliothèque Carnegie, TGF 17-3
Les magasins des Galeries rémoises sont parmi les plus anciens de Reims. Situés rue de l’Arbalète, ils ont été fondés en 1847 par Jean-Baptiste Bureau-Diverchy. L’enseigne est gérée à la fin du 19e siècle par une société au nom des trois associés : Honoré Bataille (1845 - 1920), Albert Lorin (1855-….) et Armand Tricot (1857-1942). Détruit par les bombardements, le bâtiment est reconstruit et inauguré en octobre 1923 (architectes Louis Roubert (1883-1952) et Léon Margotin (1859-1937)). Le magasin ferme définitivement le 16 octobre 2003.
La garçonne
La féminité des années Art déco est marquée par l’audace et l’indépendance. Cette évolution est popularisée par le roman de Victor Margueritte (1866-1942) publié en 1922. L’auteur raconte l’histoire d’une jeune femme indépendante et aux moeurs sexuelles libérées. Le roman fait scandale mais il incarne l’image de la nouvelle femme, à savoir émancipée, qui fume, boit, conduit et choisit ses partenaires de manière libre.
La garçonne : roman de mœurs. Texte de Victor Margueritte. Paris : Ernest Flammarion, 1922. Bibliothèque Carnegie, P 21614
Ecrivain reconnu, Victor Margueritte se voit retirer sa légion d’honneur à la suite de la parution de son ouvrage. Même si certaines librairies refusent de le vendre, ce roman rencontre un grand succès et contribue à l'émancipation des femmes.