Ernest Kalas (1861 - 1928 )
Portraits d'Ernest Kalas
L'architecte décorateur
L'illustrateur
Biographie
Un jeune rémois passionné de dessin
Ernest Kalas naît le 10 février 1861, de Marie Félicité Van Damme et de Philippe Ernest Kalas, artisan retordeur. Ce métier du textile, exigeant précision et rigueur, marque sans doute l'enfant, très tôt attiré par le dessin.
Élève au lycée de Reims de 1872 à 1876, il entre ensuite comme apprenti chez l’architecte rémois Alphonse Gosset (1835-1914).
En 1880, le jeune homme poursuit sa formation à Paris et travaille comme dessinateur auprès de Charles-Henri Bunel (1839-1903), architecte attaché à la Préfecture de police.
Admis en 1882 à l’École des Beaux-Arts de Paris, il suit l'enseignement de Julien Guadet (1834-1908) en architecture et de Pierre-Victor Galland (1822-1892) en peinture décorative. Cette double formation de bâtisseur et de décorateur marque durablement sa manière de concevoir l'architecture.
Récompensé par plusieurs prix de l’Union centrale des arts décoratifs, il prépare le concours de Sèvres en 1884, mais doit y renoncer pour des raisons de santé.
Il revient alors à Reims, où il débute une carrière profondément ancrée dans sa région.
Son talent au service de Reims et du Champagne
A la fin du 19ème siècle, les grandes maisons de Champagne développent leur image et investissent dans des bâtiments reflétant leur prospérité.
Kalas travaille dès 1884 avec l’architecte Armand-Jacques Bègue (1830-1927), dont il devient l’associé en 1886 (ou 1889 selon les sources). Ensemble, ils réalisent le Cellier de la Maison Mumm (1898-1900), rue de Mars, édifice industriel alliant fonctionnalité et décor monumental. Une maquette de la frise en mosaïque de sa façade obtient une médaille d’argent (classe Décoration) à l’Exposition universelle de Paris en 1900. Offerte par l'artiste au Musée de Reims, elle est détruite lors des bombardements de la Première Guerre mondiale.
La même année, à la demande du Syndicat du commerce des vins de Champagne, les deux associés conçoivent le Palais du Champagne pour l’Exposition universelle, récompensé par une médaille d’or dans la catégorie des plans et modèles d’édifices civils. Kalas réalise également le char du Champagne pour la fête des vendanges organisé pour cette exposition internationale.
En 1886, il épouse la peintre Blanche Honorine Truchon (1866-1934), soutien fidèle de toute sa carrière.
Rattrapé par sa maladie, Kalas met fin à sa collaboration avec Armand Bègue en 1903.
L'architecte trouve désormais sa clientèle dans son cercle d'amis. Il réalise des aménagements intérieurs, des dessins de mobilier, des monuments funéraires — dont le tombeau de la famille Cadot-Tortrat — et restaure des édifices religieux, notamment l’église de Sillery (Marne).
Entre 1907 et 1913, il collabore avec le paysagiste Edouard Redont (1862-1942) pour l'aménagement du Parc Pommery, aujourd'hui Parc de Champagne. En 1913, il se charge de la décoration du parc à l’occasion de son inauguration, marquée par la venue du président de la République. Plus tôt, il avait également réalisé la décoration des rues de Reims lors de la venue du Tsar Nicolas II (1868-1918) en 1901.
Décorateur recherché, l'architecte conçoit également un diorama des caves crayères de la maison Charles Heidsieck, récompensé d'une médaille d'argent à l'Exposition Franco-Britannique de Londres en 1908.
En 1920, Kalas réalise sa propre maison au 23 rue Gambetta à Reims, l'une des premières édifiées dans la ville dévastée par la guerre. Ses formes simplifiées annoncent certaines tendances décoratives de l'entre-deux-guerres comme l'Art déco.
Parallèlement, le dessin reste le fil conducteur de son activité. Il réalise affiches, programmes officiels, ex-libris, diplômes, menus, illustrations d'ouvrages et dessins pour la presse locale.
Protecteur et reconstructeur du patrimoine rémois
Lorsque la guerre éclate en 1914, Ernest Kalas se trouve en cure en Allemagne. Il gagne la Suisse, puis se réfugie à Annemasse (Haute-Savoie) et à Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne). En 1917, l’administration des Beaux-Arts le nomme architecte du château de Fontainebleau (Seine-et-Marne).
De retour à Reims en 1919, il retrouve une ville meurtrie.
Jusqu’en 1924, il est inspecteur des Fouilles et Recherches historiques, service rattaché au Service des Monuments Historiques dirigé par Henri Deneux (1874-1969). Membre de la Commission d’examen des monuments commémoratifs (1921) puis président de la Commission des démolitions (1922), il participe activement aux débats sur la reconstruction et s’oppose aux projets trop radicaux, comme le « Plan Ford », prônant une reconstruction respectueuse de l’histoire rémoise.
Son engagement patrimonial est déjà ancien. Dès 1907, il enseigne l'histoire de l'art et les styles décoratifs à l'Académie de dessin, de modelage et de sculpture dirigée par Auguste Coutin (1864-1942). Illustrées par des projections, ses conférences attirent un public nombreux et varié.
En 1909, Kalas cofonde avec Hugues Krafft (1853-1935) la Société des Amis du Vieux Reims (S.A.V..R.), dont il est le conservateur des collections jusqu'en 1920. Il réalise notamment une série de douze plans et vues du "Vieux Reims", retraçant l'évolution de la ville depuis l'époque romaine, toujours conservée au musée Le Vergeur.
Président de l'Académie nationale de Reims en 1913 et 1923, il multiplie conférences et publications. La perte d'une grande partie de ses archives pendant la guerre le touche profondément.
En 1922, avec Paul Bocquet (1868-1947) et Abel Jamas (1862-1940), il fonde l’Union rémoise des Arts décoratifs afin d’encourager les jeunes artistes champenois à se diriger vers les métiers d’art et un renouveau décoratif conciliant tradition et modernité.
Malgré une santé toujours plus fragile, soutenu par son épouse, Ernest Kalas poursuit ses engagements jusqu’à sa mort, le 9 décembre 1928.
Architecte, décorateur et historien local, Ernest Kalas a façonné sa ville autant qu'il a contribué à en préserver la mémoire.
Le Fonds Ernest Kalas
Tout au long de sa carrière, Ernest Kalas rassemble sur des cartons ses dessins d’architecte et ses autres réalisations. Lorsque certains sont détruits pendant la Première Guerre mondiale, il en réalise des reproductions. Son épouse, Blanche, fait don de ces cartons à la bibliothèque municipale de Reims, où ils sont aujourd’hui conservés.
Bibliographie
Les aspects de la ville de Reims à la veille ...
Article | SYRACUSE | Langlet, Jean-Baptiste (1841-1927) | 1922