Le patrimoine écrit Les richesses des fonds anciens de la bibliothèque municipale |
Histoire des collections
Le noyau primitif des collections de la bibliothèque municipale de Reims est constitué des 8.000 livres de la bibliothèque du Collège des Jésuites de Reims, recueillis par la Ville en 1764 après la suppression de l’ordre. Bien que dépouillée de ses collections, la bibliothèque de l’Ancien Collège des Jésuites est toujours visible aujourd’hui. Construite entre 1670 et 1690, cette pièce entièrement décorée de boiseries est un chef-d’œuvre de l’art baroque, miraculeusement conservé.
A ce premier fonds, se sont ajoutées les saisies révolutionnaires opérées au détriment des abbayes de Saint-Denis, Saint-Remi, Saint-Nicaise, et surtout du chapitre de la Cathédrale. Au total, près de 65 000 volumes imprimés et 1 000 manuscrits sont alors rassemblés dans les dépôts littéraires rémois, avant d’être triés et classés pour être mis à la disposition du public à partir de 1818.
 Psalterium chaldaicum vetes sive Aethiopium et Abissinum, 1513. (Réserve M6). Ex-libris gravé du chapitre de la cathédrale. Ex-dono de Pierre Frizon, chanoine de Reims. Cachet des confiscations révolutionnaires.
Le plus important des fonds religieux saisis est celui du Chapitre de la Cathédrale. Cette bibliothèque avait bénéficié depuis le IXe siècle de la générosité de chanoines bibliophiles comme Guillaume Fillastre et Pierre Frizon, et des soins attentifs des archevêques de Reims tels qu’Hincmar ou le cardinal Charles de Lorraine. L’un des plus célèbres manuscrits offerts par ce dernier à la bibliothèque du Chapitre est l’Evangéliaire slavon, rédigé en cyrillique et en glagolitique, que la légende dit avoir été offert par la reine Anne de Kiev à l’occasion de son mariage avec le roi de France Henri Ier, et qui aurait servi pour une partie des serments des sacres royaux. Au XIXe siècle, les collections de la bibliothèque se sont accrues de façon significative, par des achats, des dons ou des legs. L’un des legs les plus importants est celui de Victor Diancourt, sénateur et maire de Reims, qui légua en 1910 près de 20.000 volumes d’une grande qualité. Ce collectionneur s’était attaché à rassembler les meilleures éditions des grands auteurs français, avec un intérêt particulier pour la poésie et le théâtre, ainsi que pour les écrits de l’époque révolutionnaire. Il avait pris l’habitude de confier ses livres aux plus grands relieurs de son temps : Gruel, Marius Michel, Allô, Stroobants, etc.
 Reliure de Noulhac pour Emile Goudeau, Poèmes parisiens, Paris, 1897. Rés. Diancourt M 2216.
La bibliothèque a hélas perdu plus de la moitié de ses collections durant la Première Guerre Mondiale. En mai 1917, une bombe incendiaire ravage l’Hôtel de Ville dans lequel la bibliothèque était installée depuis 1818. Fort heureusement, les ouvrages les plus précieux avaient été mis en sécurité à Paris ou dans les caves de l’église Sainte-Clotilde de Reims, et purent être sauvés. Les fonds anciens ayant échappé aux destructions de la Grande Guerre sont aujourd’hui abrités par la bibliothèque Carnegie. Ils sont régulièrement enrichis aujourd’hui par des dons ou des legs, mais aussi par des acquisitions parfois soutenues par le Fonds régional d’acquisition pour les bibliothèques.
Les manuscrits
Les manuscrits (3000 pièces environ) constituent la principale richesse de la bibliothèque de Reims. La bibliothèque compte plus de 860 manuscrits médiévaux, provenant essentiellement des saisies révolutionnaires. Parmi les ouvrages les plus remarquables, on peut signaler l’importante collection de manuscrits carolingiens, dont certains sortis de la prestigieuse école de peinture de Reims.
 Évangéliaire du chapitre de la cathédrale. IXe siècle. Vélin pourpre, texte en argent, titre et lettrines en or. Ms. 11. La bibliothèque de Reims conserve également les manuscrits de l’abbaye de Saint-Thierry car ils étaient venus remplacer, au XVIIIe siècle, les ouvrages de l’abbaye Saint-Remi, disparus dans un incendie. Parmi eux, on signalera des Evangiles du début du Xe siècle, portant des annotations attribuées à Guillaume de Saint-Thierry. Si la plupart de ces manuscrits ont perdu leur reliure d’origine, signalons toutefois l’Evangéliaire de Saint-Pierre-les-Dames, dont les plats sont ornés de très beaux émaux limousins représentant le martyre de sainte Fébronie et la Crucifixion. Les incunables
Le fonds d’incunables de la bibliothèque, riche de 220 pièces, comporte quelques trésors, comme ce Songe de Poliphile imprimé par Alde Manuce et ayant appartenu au bibliophile Jean Grolier, ou encore le Grant Pardon de Nostre Dame de Rains, considéré comme la première affiche imprimée en France. (Voir les "trésors des premiers imprimeurs")
 Le Grant pardon de Nostre Dame de Rains. Paris : Guy Marchant, 1482. Inc. 195. Les imprimés anciens (XVIe – XVIIIe)Les 100 000 imprimés anciens, de nature encyclopédique, sont parfaitement représentatifs des centres d’intérêt des bibliothèques ecclésiastiques d’Ancien Régime. Ouvrages religieux, grands traités humanistes du XVIe siècle, livres géographiques et scientifiques anciens sont particulièrement bien représentés. Quelques pièces remarquables sont à signaler comme des ouvrages exceptionnels (voir les Trésors de la Bibliothèque) Il faut noter que la bibliothèque possède un important fonds d’histoire de la médecine, qui résulte des dons de médecins bibliophiles comme Louis-Jérôme Raussin au XVIIIe siècle (enrichi au XXe siècle par le docteur Octave Guelliot).
Le fonds local ancienLa bibliothèque s’efforce également de rassembler les éditions imprimées à Reims depuis le XVIe siècle. Parmi ces livres, signalons la production d’un éditeur rémois dont la renommée a largement dépassé les limites de la ville : Hubert-Martin Cazin (1724-1795), qui édita à Paris une série de livres de petit format, très recherchés par les collectionneurs.
 La Morale de Confucius. Paris : Valade ; Reims : Cazin, 1783. Rés. Cazin 17.
Les collections iconographiquesLes fonds locaux sont complétés par un important fonds iconographique de 60 000 plans, dessins, gravures, cartes postales ou photographies sur Reims et la Champagne-Ardenne. Parmi ces documents figure un ensemble exceptionnel de 385 gravures de Robert Nanteuil, célèbre portraitiste du XVIIe siècle, d’origine rémoise. La bibliothèque de Reims possède également une importante collection de cartes, de plans et d’affiches, qu’elle a entrepris de faire restaurer et numériser depuis plusieurs années.
 Matthieu Mérian. Reims en Champagne, s.l., 1655. 208 x 330 mm. XXXI-III l1.
Collections contemporaines et enrichissements en coursDepuis le XIXe siècle, la bibliothèque n’a cessé de s’enrichir grâce à des achats couvrant tous les domaines du savoir. Par ailleurs, des dons ou des legs parfois très importants ont permis de développer des pôles d’excellence sur plusieurs collections spécialisées. Plusieurs dons de Pol Neveux, inspecteur général des bibliothèques et académicien Goncourt, originaire de Reims, ont permis de rassembler des pièces manuscrites et imprimées sur l’Affaire Dreyfus. Madame Pol Neveux était en effet la fille du député Marcellin-Pellet, lui-même gendre du sénateur alsacien Auguste Scheurer-Kestner, qui furent les premiers à soutenir le capitaine Dreyfus. Ce fonds a été complété par l’avocat rémois Fernand Labori, défenseur de Zola, puis de Dreyfus lors du procès de Rennes. La bibliothèque possède ainsi une importante correspondance entre les protagonistes de l’Affaire, un journal manuscrit de Scheurer-Kestner et une abondante iconographie.
 Alfred Dreyfus. Carte autographe adressée à Monsieur et Madame Marcelin-Pellet, 1906 (Don Pol Neveux).
Ces collections patrimoniales sont régulièrement enrichies par des acquisitions, axées surtout sur l’histoire littéraire rémoise contemporaine, notamment les écrivains du Grand Jeu (Roger Vailland, René Daumal, Roger Gilbert-Lecomte).
 Carte postale autographe de René Daumal, adressée à Pierre Minet. 21 juillet 1933. Achat 2002, avec l'aide du Fonds Régional d'Acquisition pour les Bibliothèques (FRAB) de Champagne-Ardenne.
Certaines de ces acquisitions sont ensuite confiées à de grands relieurs contemporains. La bibliothèque de Reims a en effet développé depuis plusieurs années une politique de commande de reliures d’art contemporaines. Cette démarche a donné lieu à l’organisation d’une importante exposition de reliures contemporaines en 1999, avec le soutien de l’association Les Amis de la Reliure Originale.
 Rabindranath Tagore. L’offrande lyrique. Paris, 1925. Reliure d’Alain Devauchelle, 2002.
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